Unnamed 2

INFO PARENTS

La qualité des interactions quotidiennes entre les parents agit sur les chromosomes des enfants (et sur leur santé). Nous n’en avons pas toujours conscience mais les enfants absorbent une bonne partie de l’affect positif et négatif de leur environnement...

Ce phénomène d’imprégnation agit même sur leurs chromosomes et plus particulièrement sur leurs télomères, sortes de capuchons situés à l’extrémité de nos chromosomes dont la longueur détermine notre longévité et notre santé (mentale et physique). Des télomères courts nous rendent plus vulnérables à la maladie et la dépression.

 

Une étude confirme l’impact sur les enfants de la qualité des relations entre les parents

Une étude a suivi pendant trois mois les réactions d’enfants face aux interactions quotidiens de leurs parents. Elle s’est intéressée à la résonance émotionnelle et à l’effet miroir dont ils faisaient preuve par rapport aux relations parentales.

Quand les parents se montraient affectueux et que cela déclenchait des ressentis positifs chez les enfants, les télomères des enfants étaient plus longs.

À l’inverse, quand les parents se disputaient et que les enfants avaient des ressentis négatifs, leurs télomères étaient plus courts, augmentant les risques de maladies et de dépression sur le court et le long terme.

Il est donc essentiel :

  • De cultiver l’amour par des petits gestes de tendresse quotidiens au sein de la famille pour maintenir une ambiance chaleureuse (voir cette intervention).
  • De réduire un maximum l’exposition des enfants aux disputes entre parents (nous en parlions dans cet article).
  • De prôner des méthodes résilientes et aimantes (comme l’écoute empathique) pour soigner les enfants ayant assisté à des rapports violents et anxiogènes entre les parents (notamment dans le cadre de divorces). La longueur des télomères sera ainsi améliorée.

 

La communication non violente, un outil pour pacifier les rapports

Pour réduire la violence orale, il est judicieux de se former à la communication non violente en se comportant comme une girafe (au lieu du chacal).

La communication non violente est une méthode créée par Marshall B. Rosenberg. Nous y trouvons deux façons distinctes de s’exprimer, de penser et d’être : la girafe et le chacal. Via la définition de ces profils, je vous invite à découvrir un fabuleux outil pour mieux vivre ensemble et s’épanouir au quotidien.

Le chacal est une créature qui évolue plutôt au raz du sol, il a tendance à réduire son champ de vision et de réflexion en ayant des habitudes telles que :

  • Coller des étiquettes : « tu es méchant », « il est intelligent »
  • Porter des jugements : « J’ai raison tu as tort. Nous sommes les bons et ce sont les mauvais. »
  • Reprocher et s’autocritiquer : « C’est ta faute. Tu aurais dû ! Je suis coupable. »
  • Nier la liberté de choix : « je dois, tu dois,…, tu ne peux pas, je suis obligé, il n’y a pas le choix. »
  • Exiger et menacer : « c’est un ordre ! C’est moi qui décide. Si tu ne fais pas ça alors… »

La girafe est un animal de cœur, compatissant, bienveillant et à l’écoute. Elle sait prendre de la hauteur. C’est l’opposé du chacal.

Il est évident que cette manière d’aborder la vie est à l’origine de situations plus ou moins plaisantes pour nous et pour les autres. En effet, selon le principe d’action/réaction, le langage girafe modifie aussi le comportement d’autrui (enfants comme adultes), l’invitant à adopter les valeurs que nous lui proposons et qui favorisent la libération émotionnelle, le respect, la transparence et l’altruisme.

Il suffirait d’un peu de pratique pour basculer la majorité du temps du chacal à la girafe.

Pour résumer ces deux « profils », voici un tableau extrait du livre « Parents respectueux enfants respectueux ». Il facilitera la prise de conscience :

 

 

LES PARENTS

Les enfants sont un miroir

Les enfants sont un miroir, ils reflètent l’image des parents, l’éducation reçue. Les enfants sont une éponge, ils absorbent ce qu’on leur montre, plus-tard c’est ce qui sortira d’eux. Les enfants reproduisent ce qu’on leur apprend, ils reproduisent ce que nous faisons.

Par exemple, un enfant ne devient pas impoli sans l’avoir appris quelque part, notamment à la maison. Un enfant ne devient pas rebelle aux autorités par hasard, sans l’avoir vu quelque part, notamment à la maison. Les parents et grands frères ont toujours un rôle à jouer dans ce que devient l’enfant.

" Enseigne le respect, la politesse, l’ordre, la gestion de l’argent, la foi, la patience, le respect de son corps (pudicité), la valorisation de la femme (pour papa), le respect du mari (pour maman)… à un enfant dès ses premières années, il les gardera jusqu’à sa vieillesse. N’enseigne pas seulement par la parole, mais soit l’exemple, le modèle de ce que tu enseignes, car il reproduira ce que tu fais, pas ce que tu dis. Mais si tu le laisses livré à lui-même, le monde l’éduquera. Et il n’y a pas grand chose de bon dans l’éducation de ce monde."

Les enfants sont une richesse, un trésor que L'Univers te donne pour que tu le multiplies et non pour que tu le dépouilles en le livrant à l’esprit mauvais de ce monde…

 

Les parents sont le miroir des émotions de l’enfant (et inversement)

« Les enfants découvrent leur apparence physique en apercevant leur image dans un miroir. Ils découvrent leur registre émotionnel en entendant le reflet verbal qu’on leur renvoie. «Ainsi s’exprime Haim Ginott dans le livre « Entre parent et enfant«.

Être le miroir des émotions de l’enfant, c’est formuler une phrase descriptive de ce type :

  • J’ai l’impression que tu ressens de la colère. »
  • Tu as l’air triste. »
  • Cette situation est vraiment énervante, n’est-ce pas ? »

Lorsqu’il l’entend, il prend conscience de la validité de ces émotions, du soutien affectif de ses parents/enseignants et nourrit son langage interne pour accepter ce qu’il ressent. Ainsi, il parvient peu à peu à identifier et verbaliser ce qui est réel à l’intérieur de lui. C’est sa réalité qui est alors exprimée. Cette approche empathique va aussi l’aider à décrypter les émotions chez les personnes qui l’entourent : ses amis, ses frères et soeurs, ses parents, ses professeurs,…

En reconnaissant ses émotions, on lui permet de reconnaitre celles des autres et de mieux se « connecter ». C’est un gage de tolérance et compétence sociale en général.

L’avis des neurosciences

Les neurosciences ont démontré que le fait de poser des mots sur des émotions déclenchait un processus de libération (ou de « traversée » de l’émotion) et un bien-être.

En effet, « quand nous sommes stressés, l’amygdale cérébrale, centre de la peur, provoque la sécrétion de cortisol, de l’adrénaline, molécules qui, en quantité importante peuvent être très toxiques pour notre santé physique et psychologique. Quand nous parvenons à poser des mots sur des émotions, nous diminuons l’activité de l’amygdale, la sécrétion d’adrénaline et de cortisol ralentit, notre stress diminue et nous nous apaisons. »

Alors qu’une émotion non verbalisée et non acceptée menace de s’enfouir, de grossir et de ressortir avec plus de puissance. Il est par conséquent essentiel de devenir le miroir des émotions des enfants. Mais ce n’est pas tout.

Le miroir d’un miroir ?

Là où l’histoire se complexifie un peu, c’est que les enfants reflètent aussi nos émotions. Ils les reflètent et les expriment d’autant mieux qu’ils les « absorbent » et les restituent sans frein puisque la maturité de leur cerveau ne les autorise pas à raisonner et à les réguler.

Nous, parents, avons donc aussi un miroir de nos propres émotions qui se traduit par les comportements de nos enfants. Ainsi, lorsque nous sommes stressés, éprouvons de la peine ou de la colère, nos enfants nous renverront cette émotion. Du coup, nous devrons d’abord nous apaiser afin de « lire » les émotions de nos enfants, émotions non occultées par les nôtres.

Ce mimétisme comporte un autre risque : si nous, parents, réprimons nos émotions, nos enfants se diront que les leurs ne sont pas acceptables non plus. Donc, commençons par nous accorder le droit de ressentir et de verbaliser nos émotions.

Et accordons ce droit clairement à nos enfants.

La simple phrase « je me sens … », permet d’envoyer ce message à nos enfants et nous fait du bien.

 

Comment se construit le lien mère/enfant ?

Une mère et son enfant vont, à chaque fois, tisser entre eux un lien unique et différent d'une personne à l'autre. Et cette relation singulière se construit jour après jour. Comment ? Qu'est-ce qui peut favoriser ou empêcher ce lien et quels en sont les enjeux ? Les réponses de la psychothérapeute Juliette Allais.

On parle souvent d'amour maternel... Est-ce inné ?

La notion d'amour maternel est implantée depuis longtemps dans notre culture comme quelque chose qui irait de soi. Or, cette capacité d'être en lien avec son enfant n'est pas donnée dès le départ : elle se construit au fil du temps et des expériences que la mère va vivre avec son bébé. L'histoire de la mère aura notamment un rôle déterminant là-dedans. En effet, comment a-t-elle été accueillie, aimée, acceptée elle-même par sa propre mère ? Ce tout premier lien va bien évidemment être au cœur de son interaction avec son enfant, et, selon l'histoire, va l'amener à répéter ou réparer ce qu'elle-même aura vécu.

Comment se développe alors le lien entre la mère et son enfant ?

Ce lien commence à se tisser avant même la conception, y compris bien sûr dans la relation de la mère avec celui qui sera le père de l'enfant. Car c'est toujours le fruit d'une alliance entre un homme et une femme. Souvent, la mère, puisque c'est d'elle qu'on parle ici, va rêver l'enfant avant même qu'il ne soit conçu. Elle va projeter sur lui un certain nombre d'attentes, de fantasmes etc… qu'on va pouvoir retrouver dans le choix du prénom, par exemple.

Puis une fois qu'il est conçu, elle va démarrer une relation avec cet être qu'elle porte en elle… relation qui peut être plus ou moins bonne, d'ailleurs : cela va notamment dépendre de ce qu'elle vit à ce moment-là, de son désir ou non désir de cet enfant et de sa relation avec le père. Puis vient l'accouchement et le premier face à face avec l'enfant. A partir de là, toutes les expériences du quotidien vont participer à la création de ce lien : la parole, les regards, les caresses, le toucher, l'interaction émotionnelle…. Cela sera rythmé par les étapes de séparation, comme le sevrage ou le premier jour à la crèche, par exemple. Beaucoup de choses se jouent ainsi dans les deux premières années. Même si la relation est au fond, en perpétuel remaniement toute la vie.

Quelle est le rôle de ce lien dans la construction de l'enfant ?

Cette relation est essentielle au développement de l'enfant. Elle lui permet notamment de sentir qu'il a une place dans la filiation, qu'il existe au sein de sa famille, qu'il est un être respecté et protégé. Cet attachement est primordial pour qu’il se développe de façon harmonieuse dans la sécurité et la stabilité. Un lien mère/enfant suffisamment bon va donc participer activement à la construction de l’identité de l’enfant, de son estime de lui-même et de sa valeur.

A l’inverse, un enfant qui n’a pas vécu une relation positive avec sa mère, en bas âge, peut avoir des carences affectives et des difficultés à établir des liens avec d'autres, dans ses futures relations sociales. Par ailleurs, ce lien aura également un impact sur le genre de relation qu'il aura avec ses propres enfants.

Comment favoriser le lien mère enfant ?

Une bonne relation va dépendre de la disponibilité de la mère et de sa sensibilité envers les besoins de l’enfant. Il se développe donc quand la mère est présente et capable d'établir avec lui une interaction émotionnelle sécurisante et un véritable échange. Il ne faut pas négliger l’importance du contact corporel, qui est essentiel. Mais ce n’est pas pour autant qu’il faille consacrer tout son temps à son enfant, bien au contraire.

Comme le décrivait le psychanalyste Winnicot, c’est important que la mère soit "suffisamment bonne ", c’est à dire qu'elle accueille son enfant avec douceur et respect tout en le considérant comme un être distinct d'elle, qui va vivre sa vie propre et deviendra autonome, petit à petit. Pour favoriser une relation harmonieuse, la mère doit être capable de donner de l'amour tout en ayant d'autres centres d'intérêt.

Son univers ne doit pas tourner uniquement autour de l'enfant. Exit la mère sacrificielle. Une mère doit respecter son enfant, avoir confiance en lui, et vivre elle-même au mieux sa propre vie pour l'aider à se déployer le mieux possible.

Peut-on en avoir assez d’être mère ?

Bien sûr, c’est même tout à fait normal d'éprouver ce genre de sentiment de temps à autre ! La mère est avant tout un être humain, avec nécessairement à la fois une part d'ombre et une part de lumière. Chaque mère a le droit d'éprouver de la colère, de la frustration, ou d'autres sentiments dits "négatifs". C'est important de savoir que l'ambivalence fait partie du lien et que toutes les femmes éprouvent ce genre de choses. Et le dédramatiser permet de moins culpabiliser.

 

Et le rôle du père dans tout ça ?

Le père joue un rôle essentiel de tiers séparateur, notamment. Ainsi, sa présence nommée par la mère permet que l'enfant ait conscience qu'il est né du désir de deux personnes et pas seulement de la mère. La capacité de celle-ci à donner une place au père de l'enfant est un facteur clé dans la construction de chaque être humain. C'est notamment le père qui représente la loi. Et qui amène petit à petit l'enfant à prendre sa place dans le monde.

Le rôle du père dans la construction de l'enfant

Que le couple parental soit uni ou non, le rôle du père reste fondamental dans la construction de l’enfant, de la naissance à l’âge adulte. Le père sera cependant trop souvent mis à l’écart, suite à une décision judiciaire inadaptée mais malheureusement probable dans l’état actuel des textes.

La femme devient mère par un processus biologique, tandis que l’homme devient père par un processus symbolique lié à l’environnement de l’enfant.

Une bonne image du père, dans l’esprit de l’enfant, lui permettra de jouer son rôle de façon satisfaisante. Une participation plus grande aux soins, dés le premier âge, facilite pour l’enfant la reconnaissance précoce d’une bonne image du père. Le père est celui qui amène l’enfant à prendre connaissance et conscience du monde qui l’entoure. C’est en s’opposant aux désirs de l'enfant que le père offrira une nouvelle image de lui, qui vient alors renforcer la triangulation père, mère, enfant.

Les messages positifs ou négatifs transmis par la mère, participent également à la construction de l’image intériorisée par l’enfant.

Vers 6, 7 ans si l’image intégrée jusqu’alors est suffisamment bonne, le père est perçu sur un mode de fascination " mon papa est le plus beau, le plus fort ", mais c’est à l’adolescence, si elle a été mal préservée, que la bonne image du père risque le plus d’être remise en cause.

Le père aide à construire la personnalité de l’enfant par un comportement différent et complémentaire de celui de la mère. Dès les premiers âges, le père provoque un éveil plus rapide, une sociabilité plus ouverte, une maîtrise du langage plus précoce, … Schématiquement, elle réconforte, lui stimule.

Par la suite, l’enfant attribuera au père les prohibitions, les interdits, les obligations, les ordres. Le père guide l’orientation sexuelle des enfants qui se définit par opposition au parent du sexe opposé et par identification au parent du même sexe. L’identification du garçon au père se fait directement, le père étant à la fois un modèle et un rival par rapport à la mère. Chez la fille, la fonction paternelle consiste à faire découvrir le rôle complémentaire de la mère, celui de femme et à participer à l’acquisition d’un modèle de féminité.

Le père participe à la construction de la personnalité de l’enfant, en favorisant l’acquisition de l’autonomie et de l’indépendance nécessaires à une vie affective équilibrée et de la confiance en soi utile dans les compétitions à venir. Dans cette fonction, il empêche de faire de la mère une mère abusive en l’aidant à accepter que son enfant finisse par se séparer d’elle.

L’absence du père, ou sa marginalisation, entraînera souvent un déséquilibre chez l’enfant.

Trop d’absence risque de gêner les processus d’identification. Les efforts de la mère pour assumer les deux rôles (paternel et maternel) seront souvent perturbants pour l’enfant.

Les absences du père peuvent découler de raisons professionnelles, du décès, de la maladie, d’un manque d’intérêt à la vie familiale, de la non reconnaissance de l’enfant, … mais le plus souvent d’une décision judiciaire liée à un divorce ou une séparation.

Rappelons qu’un couple sur deux se séparera. Dans l’état actuel de la législation et de la société, l’enfant est confié à la mère dans 80% des décisions judiciaires et assez rapidement un père sur quatre ne verra plus l'enfant.

Quand les parents se séparent à l’issue d’une procédure judiciaire aux mécanismes conflictuels, la mère, à qui l’exercice pratique de l’autorité parentale est confié, donnera trop souvent une image très négative du père à ses enfants.

Pour sauvegarder l’équilibre psychique de leur enfant, chaque parent devrait préserver l’image de l’autre, ce que le développement de la procédure judiciaire contrarie le plus souvent. Eviter les procédures judiciaires serait le plus sûr moyen de contourner leurs mécanismes amplificateurs du conflit et générateurs de frais exorbitants au bénéfice des économiques de quelques-uns.

Le processus d’identification à un père dont l’image est dévalorisée sera difficile. Selon Bernard Muldworf, l’enfant éprouvera un sentiment d’insécurité qu’il aura tendance à compenser par une relation de dépendance à la mère. Si elle-même ne sait pas répondre à cette situation, l’enfant risquera de développer une personnalité anxieuse et insuffisamment stable.

Si la relation mère-enfant est trop étroite, le développement de la personnalité de l’enfant dépendra de la personnalité de la mère. Si celle-ci présente un excès de sentimentalisme, l’enfant sera faible, capricieux, exigeant. Si elle est autoritaire et possessive, l’enfant n’aura pas confiance en lui, il ressentira un sentiment d’insécurité constant, au risque d’occasionner un être manquant de caractère, de courage, fuyant ses responsabilités et velléitaire. Bien sûr, ce sont des tendances.

Une des fonctions du père est d’encourager son fils à le dépasser, à s’opposer à lui dans la compétition œdipienne. Lorsque cette fonction n’est pas assurée, dans une angoisse à l’idée de s’opposer au père, les enfants peuvent se laisser aller à une situation de dépendance.

L’insuffisance de l’image paternelle chez la fille produit des effets contradictoires en favorisant des tendances homosexuelles par identification à une mère forte ou au contraire en favorisant la recherche incessante de l’homme idéal, aucun n’étant en mesure de satisfaire un besoin absolu de sécurité.

Les altérations de l’image paternelle entraînent chez l’enfant des difficultés d’identification, des difficultés dans ses capacités de communication, favorisant l’inhibition, l’instabilité, une tendance à douter de lui-même et à se dévaloriser. On note fréquemment chez ces enfants une dimension dépressive avec un sentiment d’accablement.

Lorsque le père ne remplit pas sa fonction, les enfants présenteront plus souvent des troubles caractériels. Ces enfants seront instables, agressifs, hyperémotifs, anxieux, impulsifs, renfermés ou excités, coléreux...

Les enfants peuvent également manifester leur malaise au travers de comportements. Ils réagissent sur un mode réactionnel et évacuent les conflits par des actes. On constate que 75 % des délinquants juvéniles proviennent de familles dont les parents sont séparés.

 

Analyse

C’est au père de poser les limites, à la mère de les rappeler

"C’est vrai qu’il exagère, mais je n’y arrive pas ! Avec lui, il faudrait crier toute la journée et, de toute façon, ça ne sert à rien. Il ne fait que ce qu’il veut !"

Cet aveu d’impuissance d’un père ou d’une mère devant le bambin de 4 ans qui empêche toute conversation entre les invités et ravage méthodiquement le plateau de l’apéritif, chacun d’entre nous l’a entendu un jour ou l’autre. Et sait également comment, le plus souvent, l’aventure se termine : par la chute, les pleurs et parfois les bosses de l’enfant qui, au comble de l’excitation, a fini par monter sur la table et tomber.

Le désarroi de certains parents devant l’autorité

Cette scène de la vie ordinaire est plus instructive qu’il n’y paraît car elle dit, mieux que de longs discours, le désarroi de certains parents devant l’autorité. L’exercice n’est facile pour personne et la difficulté tient d’abord à l’histoire personnelle de chacun. Mettre des limites à ses enfants implique en effet de se sentir le droit de le faire, de se penser " légitime " dans sa place de parent. Pour cela, il faut avoir eu soi-même des parents qui vous aient " passé le relais " et donné confiance en vos " capacités parentales ". Comment, en effet, être sûr de soi si, à chaque incident, on est remis en cause par " papa-maman " ou par " beau papa-belle maman " qui, sous couvert d’apporter de l’aide, ne ratent jamais une occasion d’insinuer que " peut-être, en s’y prenant autrement… ".

Pour se sentir à l’aise, il faut aussi ne pas avoir eu soi-même, dans sa propre enfance, trop de problèmes avec l’autorité. Issu d’une éducation laxiste, on aura souvent du mal à donner à ses enfants les repères que l’on n’a pas reçus. Et si l’on a souffert de la tyrannie des adultes, on aura peur de leur faire subir ce que l’on a soi-même subi. Cette peur – souvent inconsciente chez les parents – est d’ailleurs à l’origine de nombreux problèmes, car les enfants mettent toujours en pratique le dicton selon lequel " qui ne dit mot consent ".

Si l’adulte n’intervient pas pour interdire leurs transgressions, ils pensent en général qu’il les approuve, voire qu’il les désire et, dès lors, ils les multiplient. Et le problème est le même si l’adulte intervient sans y croire ou s’il le fait en se sentant inconsciemment coupable.

La pratique prouve en effet que l’enfant " répond " au message inconscient de l’adulte bien plus qu’à ce qui lui est dit " consciemment ". Bien des malentendus de cette sorte se dénouent dans le cabinet du psychanalyste : " Ton père n’arrive pas à t’empêcher de faire ceci ou cela. C’est vrai, mais ce n’est pas parce qu’il est content que tu le fasses. C’est parce que lui, quand il était petit, on a été trop sévère avec lui. Alors il a peur, en étant sévère que, toi aussi, tu sois malheureux. "

Ces entraves personnelles à l’exercice de l’autorité ne sont pas seules en cause. Pour mettre sans trop d’angoisses des limites à ses enfants, il faut aussi savoir à quoi elles servent. Or notre époque méconnaît gravement l’importance des limites dans l’éducation. De ce fait, les parents ont souvent l’impression qu’ils les mettent pour eux, pour " avoir la paix " ou pour adapter leur enfant à la société. Ils ont donc mauvaise conscience, peur de lui faire violence, d’aliéner sa liberté, de casser sa personnalité. Peur d’abuser de leur pouvoir.

 

A quoi servent les interdits ?

Il faut donc le poser d’emblée : les limites sont indispensables à la construction d’un enfant. Et dénouer un malentendu : un enfant sans limites n’est pas un enfant " libre ", car il est l’otage de ses pulsions, et ce n’est pas un enfant " heureux " car il vit dans l’angoisse. Livré à lui-même, en effet, l’enfant n’a pas d’autre guide que sa satisfaction immédiate. Il veut quelque chose ? Il le prend. Il n’est pas content ? Il frappe ou il casse.

Cette situation peut être pour lui agréable à court terme, mais elle est toujours très coûteuse à long terme. L’enfant à qui l’adulte ne met pas de limites n’apprend en effet jamais à s’en mettre à lui-même. Il est comme emporté par ses envies. Incapable de se contrôler, il vit dans l’angoisse et une culpabilité d’autant plus forte que, à cet âge, penser et faire sont très proches : si je souhaite la mort de mon petit frère, qui me dit que je ne vais pas le tuer puisqu’on ne m’interdit jamais rien ?

De plus, en ne balisant pas le monde d’interdits, l’adulte en fait pour l’enfant une jungle où tout peut arriver. Si je suis le plus fort, je dévore l’ennemi. Mais si je suis plus faible que lui, qui va me protéger puisqu’il n’y a pas de loi ? On comprend dès lors pourquoi les enfants sans limites souffrent si souvent des cauchemars, de la peur du noir, de la nuit, des voleurs, etc. Si papa n’est pas assez fort pour me faire obéir, comment pourrait-il me protéger des brigands ? Un adulte laxiste n’est pas pour un enfant un adulte rassurant.

Les enfants, d’ailleurs, savent intuitivement cette importance des limites car ils les réclament. Pousser les adultes à bout est en général, pour eux, une façon de demander des limites. Quand ils ne les obtiennent pas, ils sont contraints de mettre eux-mêmes un terme à leur " escalade " et le font en général avec leur corps : ils tombent ou se blessent, comme dans l’exemple cité au début. Le corps fait limite faute de mieux mais – outre qu’elle est dangereuse –, cette limite est une fausse limite car elle n’apprend rien. Elle n’inscrit rien dans la tête de l’enfant.

 

Qu’a-t-on le droit d’exiger ?

A cette question, on peut répondre simplement en disant que les parents ont non seulement le droit, mais le devoir d’enseigner à leur enfant les limites qui vont lui permettre de " s’humaniser ", d’accéder aux règles de la vie humaine.

Au XIIe siècle, " interdire " se disait " entre dire ". L’interdit, c’est ce qui se dit " entre " les êtres, ce qui permet la communication humaine, la vie avec les autres. Les limites indispensables à l’enfant sont donc celles qui vont lui permettre :

  • De savoir qui il est. Il n’est pas un animal mais un humain. Il n’est donc pas question de le laisser régler ses problèmes à coups de griffes ou de dents : chez les humains, on parle, même dans les cours d’écoles maternelles !
  • De savoir quelle place il a. Par rapport aux générations : il est l’enfant de ses parents, il n’est pas un adulte. Il n’a pas à régenter la vie de la famille, à être le confident de ses parents ou à leur parler comme à des copains. Par rapport à l’interdit de l’inceste : il faut que l’enfant comprenne qu’il ne pourra épouser ni " papa " ni " maman ", et surtout que papa et maman ne sont pas " tout à lui " car ils sont aussi un couple, qu’ils étaient un couple avant d’être ses parents, et que c’est même cela qui a permis qu’il naisse. Cela implique donc de lui imposer le respect de la vie de chaque parent et de celle du couple, le respect de moments et de lieux : on ne fait pas irruption dans la chambre parentale, on ne mobilise pas, sous des prétextes fallacieux, l’un ou l’autre de ses parents la nuit, etc.
  • De comprendre les règles du monde dans lequel il vit. On ne peut pas faire n’importe quoi, on n’a pas tous les droits, on ne peut pas tout avoir (inutile donc de se rouler par terre au supermarché pour qu’on vous achète le magasin entier…). Et quand on veut parvenir à quelque chose, il y a toujours un prix à payer : on ne devient pas un grand sportif sans s’entraîner, on ne réussit pas à l’école sans travailler.
  • Enfin, il est fondamental que l’enfant comprenne que ces règles n’ont pas été inventées par les adultes pour " embêter " les enfants, qu’elles ne leur sont pas réservées, que les adultes y sont eux aussi soumis. Parce que le monde fonctionne ainsi. Mettre ce type de limites à un enfant ne lui fait pas plaisir et il arrive même qu’il souffre car il se voit privé d’un plaisir immédiat. Mais on ne se construit pas sans cette souffrance-là.

 

Qui doit faire preuve d’autorité ?

Cette question préoccupe également beaucoup de parents. C’est au père de poser les limites, et à la mère de les rappeler quand il n’est pas là en faisant référence à lui. En fait, pour que l’autorité fonctionne, il faut que la mère intervienne " au nom du père ". Il ne s’agit pas, bien sûr, qu’elle demande l’avis du père pour l’achat de la moindre chaussette, mais il s’agit qu’elle fasse comprendre à l’enfant que rien dans son éducation ne se décide sans lui. Pourquoi ? Parce que mettre des limites à un enfant dans une famille a pour but de lui permettre de comprendre ce qu’est la loi dans la communauté des hommes, la loi dans la société. Or la loi a deux caractéristiques :

  • Elle est ce qui intervient " en tiers " entre les individus : mon voisin et moi ne réglons pas nos problèmes à coups de fusil parce que nous pouvons faire appel à la loi qui est entre nous… comme le père et sa parole le sont entre la mère et l’enfant.
  • Elle est ce que l’on respecte, même en l’absence de tout "gardien de l’ordre" : nous nous arrêtons aux feux rouges même si aucun policier n’est visible à l’horizon.

Quand, dans une famille, une mère dit à son enfant : " Ton père n’est pas là, mais je t’interdis de faire cela parce qu’il t’a dit de ne pas le faire ", elle lui permet de comprendre ce qu’est la loi. En se référant à la parole du père, elle montre en effet à l’enfant que, alors qu’il la croit toute-puissante, elle accepte un interdit qui ne vient pas d’elle, qu’elle ne " fait pas la loi ".

Donc, si de son côté, le père explique clairement à l’enfant que les interdits qu’il pose ne sont pas nés de son bon plaisir, qu’il les respecte lui aussi, l’enfant comprend que la loi n’appartient à personne et que chacun y est soumis. En lui rappelant les paroles de son père, la mère montre également à l’enfant qu’elle a un recours par rapport à lui : " Si tu ne fais pas ce qu’a dit ton père, tu te débrouilleras avec lui ! " Elle évite ainsi de s’enliser avec lui dans ces conflits sans fin d’où les mères sortent toujours perdantes et les enfants – pour leur malheur – toujours vainqueurs.

Et le problème n’est pas différent si la mère vit seule avec son enfant. Même en l’absence du père, la mère peut se référer à sa parole, à ce qu’il aurait dit, ou à ce que dirait n’importe quel père.

 

Comment savoir si l’on est juste ou injuste ?

Ce tourment de bien des parents donne raison à Freud qui mettait la tâche d’éduquer – avec celle de " gouverner " et de " psychanalyser " – au rang des " impossibles ".

Y a-t-il des " recettes " pour savoir si l’on ne se trompe pas ? Evidemment non. Mais il y a certainement un repère. On n’est jamais injuste quand on met à ses enfants une limite que n’importe quel parent mettrait dans les mêmes circonstances. A l’inverse, on risque de l’être quand la limite posée n’a pas d’autre justification que ses lubies personnelles, sa névrose ou l’éducation que l’on a soi-même reçue. Demander à ses enfants de manger des légumes n’a rien d’anormal. Les cantonner à la purée de céleri sous prétexte qu’on a la passion de cet aliment est sans doute beaucoup plus contestable…

Les principes de la “pédagogie noire”

En 1980, Alice Miller, psychanalyste suisse de langue allemande, publie “C’est pour ton bien”(1) et dénonce la violence dans l’éducation. Violence masquée par la mise en avant du " bien de l’enfant ". Elle fait ainsi le portrait d’une pédagogie qu’elle nomme " noire " – à l’instar des années du même nom – et en décrit les grands principes.

  • Les adultes sont les maîtres de l’enfant. Ils sont seuls aptes à trancher du bien et du mal.
  • Il faut ôter à l’enfant au plus tôt sa volonté et éradiquer tout ce qui vient de lui: faim, soif, velléités de critiques, pensées, colères, demandes.
  • Il faut, de plus, faire en sorte qu’il ne s’aperçoive de rien. Il doit croire qu’il a agi de lui-même.
  • Il doit également comprendre que, sans cette soumission, il perdra l’estime de l’adulte.
  • Il faut, enfin, le culpabiliser. Faire en sorte qu’il se sente coupable des colères de l’adulte et ait envie de le protéger.

Ces principes qui font froid dans le dos, Alice Miller ne les a pas inventés. Elle les a tirés des textes de pédagogues célèbres, parmi lesquels le père du " président Schreber " dont Freud étudia la paranoïa. Elle montre aussi qu’ils furent à l’œuvre dans l’éducation de criminels célèbres, dont Adolf Hitler. Comment ne pas ajouter, avec elle, qu’on en entend l’écho dans bien des éducations données par des adultes qui " font la loi " au gré de leur bon plaisir, sans tenir compte du désir de l’enfant et de sa personne ?

 

Famille recomposée

“T’as pas le droit, t’es pas mon père !” Dans les familles " recomposées ", l’enfant ou l’adolescent peut contester à son beau-père le droit de lui mettre des limites, et souvent dans un contexte où la mère est elle-même mal à l’aise avec l’autorité de son compagnon, parce qu’elle craint qu’il ne veuille supplanter le père ou se sent inconsciemment coupable d’avoir divorcé.

Un " père de naissance ", on n’en a qu’un, mais un enfant a besoin, au quotidien, d’une présence paternelle. Le compagnon de la mère est le seul à pouvoir jouer ce rôle car, occupant le lit de cette dernière, il est de fait entre l’enfant et elle. C’est lui qui garantit l’interdit de l’inceste. L’idéal serait que les choses soient mises en place par le " père de naissance " : " En mon absence, c’est X qui s’occupera de toi. " Malheureusement, c’est rarement possible.

C’est donc à la mère de parler à l’enfant. Il faut qu’elle lui signifie qu’elle est d’accord pour que son compagnon agisse en père. Il faut surtout que l’enfant comprenne que les adultes se mettront d’accord pour tout ce qui concerne son éducation et ne le laisseront pas se jouer de leurs discussions.

 

Les enfants détestent les limites, ils adorent les règles !

Les règles ne sont ni des limites, ni des interdits. Elles constituent un cadre, une structure, une organisation. Elles sont sécurisantes pour tous. Et il est évident qu’elles seront d’autant plus respectées si elles sont établies en collaboration.

  • Les règles pour établir les règles :
  • les règles s’établissent en concertation pendant une réunion familiale. Elles sont aussi modifiées après accord de tous.
  • les règles ne sont ni des limites, ni des interdits.
  • les règles sont écrites ou illustrées puis affichées à la vue de tous.
  • les tâches et leur attribution sont affichées sur un tableau blanc ou avec des noms interchangeables (pour l’alternance des semaines).
  •  
  • commencez par établir les règles vitales : elles assurent la protection des enfants et de la famille en général .

les règles sont des consignes claires formulées sur le mode affirmatif. Par exemple « En cas de conflits, on se parle ou on sollicite l’intervention des parents. »

TOUTE LA FAMILLE respecte les règles : si les parents ne suivent pas les règles, l’enfant va éprouver un sentiment d’impuissance s’il se sent en position d’infériorité, ce qui peut générer une envie de vengeance qu’il appliquera lorsqu’il sera en position de supériorité (avec un petit frère ou un plus faible que lui) . Les règles ne sont pas un outil de domination.

en cas de transgression grave des règles, déclenchez une réunion familiale et parlez-en sans exiger d’excuses publiques et dévalorisantes. L’idée est de construire, non d’avilir et de juger comme dans un tribunal. Un ajustement des règles sera alors peut-être nécessaire. Profitez de cette réunion pour exprimer ce que vous ressentez personnellement (selon une méthode de communication non violente).

Exemples de règles :

  • on communique selon une méthode non-violente.
  • on a le droit d’exprimer ses sentiments et ses émotions.
  • on sollicité l’intervention des parents en cas de conflit si aucune solution n’est trouvée.
  • la langue française est assez riche pour éviter les insultes.
  • l’humour est accepté tant qu’il ne heurte pas les membres de la famille (sarcasme, moquerie, etc.)
  • on éteint les lumières lorsqu’on sort d’une pièce.
  • une réunion familiale se tiendra chaque …. (lundi, mardi…) à …H.
  • on ne laisse pas trainer ses affaires dans les lieux communs afin d’éviter les accidents ou les dégradations.
  • Paul débarrassera la table cette semaine, Lucy essuiera la vaisselle, papa sortira les poubelles, …
  • le temps de jeux vidéo/TV par jour est de … et on peut jouer de …H à …H.
  • l’organisation du matin : lever, petit-déjeuner, …
  • l’organisation après l’école : jeux (30 minutes) ,goûter (x minutes), devoirs (x minutes),…
  • devoirs : on fait une pause de 10 minutes toutes les 20 minutes de travail.
  • on range sa chambre une ou deux fois par semaine (notez le jour choisi par l’enfant en accord avec les parents).
  • la politesse et la socialisation : bonjour, merci, etc.
  • on propose son aide régulièrement.
  • on utilise un ton de voix calme.
  • on consacre 10 minutes par jour à la méditation.
  • on écoute et on laisse s’exprimer les autres sans juger ni couper la parole.
  • on peut poser les questions que l’on veut.
  • on réclame de l’aide si besoin. On propose la sienne dès que possible.
  • on vérifie chaque soir si le sac d’école est complet (y compris le goûter).
  • on a le droit d’avoir des avis différents.
  • on se couche à …, on se lève à …
  • on prépare ses habits la veille.
  • on se lave les mains avant de passer à table, après le repas, en venant de l’extérieur.

 

Et vous, quelles sont vos règles de vie ?

Voila chèrs parents, en espérant que ces quelques lignes vous aménent de bonnes réflexions. Dans ce dossier, plusieurs cas vont être cités. Nous souhaitons que vous y trouviez vos réponses.

 

 

 

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